Gravement mordu à la main par un cerf dans le cadre de son activité professionnelle, un homme se présente aux urgences d’une polyclinique.
Un premier médecin urgentiste le prend en charge et procède à la réalisation d’un simple pansement bétadiné, sans prescrire de bilan radiographique ni envisager une exploration chirurgicale, alors même qu’une morsure animale expose à un risque infectieux et traumatique élevé.
Le lendemain, un second médecin urgentiste constate l’existence d’une fracture ouverte. Malgré ce diagnostic, il se limite à poursuivre les soins infirmiers initiés la veille (renouvellement du pansement) et prescrit un traitement antibiotique, sans solliciter en urgence l’avis d’un chirurgien spécialisé en chirurgie de la main.
En l’absence d’amélioration, le patient consulte finalement, de sa propre initiative, un chirurgien de la main. Le retard de prise en charge chirurgicale, estimé à deux semaines, favorise l’enraidissement du doigt et l’apparition de complications, rendant inévitable l’amputation de l’index gauche.
Saisis par la victime, les juges retiennent que les négligences successives des deux praticiens (pour le premier, l’absence de prescription d’un bilan radiologique, d’exploration chirurgicale et d’organisation d’un suivi ; pour le second, la poursuite d’un traitement conservateur malgré le diagnostic d’une fracture ouverte et l’absence de sollicitation d’un avis spécialisé) caractérisent une prise en charge non conforme aux règles de l’art et aux données acquises de la science au moment des faits.
Ces manquements ont fait perdre à la victime une chance d’éviter l’amputation, perte de chance évaluée à 60 %.
Les deux médecins sont en conséquence déclarés responsables in solidum des conséquences dommageables liées au retard de prise en charge. Dans leurs rapports entre eux, la contribution à la dette est fixée à 45 % pour le premier praticien et à 15 % pour le second.
⚖️ Tribunal Judiciaire de Paris, 12 janvier 2026, affaire n° 20/04466
